Le numerus clausus : de quoi parle-t-on ?

Le numerus clausus, instauré en France en 1971, fixe chaque année le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine. Cette régulation vise essentiellement à maîtriser l’effectif des futurs médecins sur le territoire français. L’intention initiale était double : garantir aux praticiens une situation professionnelle stable et limiter les dépenses de santé en évitant une surconsommation médicale.

Jusqu’à la fin des années 1970, le numerus clausus n'induisait pas de restriction majeure et permettait le renouvellement des générations de médecins. Toutefois, à partir du début des années 1980, la tendance a été à la baisse progressive du numerus clausus, atteignant même des niveaux historiquement bas dans les années 1990.

Pourquoi le numerus clausus a-t-il été réduit ?

Plusieurs raisons expliquent la réduction du numerus clausus, chacune s’inscrivant dans un contexte politique, démographique et économique particulier.

Chiffres-clés : évolution du numerus clausus de 1970 à nos jours

Année Numerus clausus Nombre de médecins actifs
1972 8 588 128 000
1985 6 500 165 000
1992 3 500 187 000
2005 7 100 206 000
2020 8 000 (remplacé par un numerus apertus) 226 000

Source : Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM), DREES

Conséquences de la réduction du numerus clausus sur la démographie médicale

1. Pénurie croissante dans certaines régions

La diminution du numerus clausus s’est traduite par une incapacité progressive à remplacer les départs en retraite de la génération du « baby-boom ». Cela a particulièrement touché les régions rurales et les zones périurbaines, où les difficultés pour accéder à un médecin généraliste se sont accentuées. Selon la DREES, plus de 6 millions de Français vivent aujourd’hui dans un désert médical ou une zone sous-dotée.

2. Accentuation des inégalités territoriales

La densité médicale varie désormais fortement selon les départements. Par exemple, en 2022, l’Île-de-France affichait environ 340 médecins pour 100 000 habitants, contre 200 à 250 en Normandie ou en Centre-Val de Loire (DREES). Ce déséquilibre accentue les inégalités d’accès aux soins et génère des délais de consultation allongés pour les patients des zones les moins dotées.

3. Vieillissement de la profession

Le nombre limité de nouveaux médecins et l’afflux massif de départs à la retraite depuis le début des années 2010 ont conduit à un vieillissement marqué de la profession. En 2022, plus de 45 % des médecins en activité avaient plus de 55 ans (source : DREES). Ce phénomène rend la situation critique dans plusieurs spécialités, notamment la médecine générale et la psychiatrie.

4. Spécialisation croissante au détriment de la médecine générale

La baisse du numerus clausus et l’augmentation de l’attractivité de certaines spécialités « médicales techniques » (radiologie, anesthésie, dermatologie) ont orienté davantage d’étudiants vers ces choix, aggravant la pénurie de généralistes, pourtant essentiels dans le système de soins primaires français (Le Monde, 2023).

Mécanismes correctifs et mesures d’adaptation

Face à ces constats préoccupants, différentes réponses ont été instaurées, avec des résultats variables.

Effets sur les patients et le système de santé

La réduction du numerus clausus a eu des retombées directes et souvent négatives sur l’accès aux soins.

Pistes pour l’avenir : comment rétablir l’équilibre démographique médical ?

Restaurer un maillage médical satisfaisant ne peut reposer sur une seule solution. Les analyses et propositions des institutions sanitaires convergent autour de plusieurs axes :

Regards croisés sur une question de société

La question du numerus clausus, plus largement, interroge la façon dont la France envisage la régulation de ses professions de santé : équilibre entre intérêt collectif, maîtrise des dépenses publiques, et adaptation rapide aux besoins d’accès aux soins partout sur le territoire. Les débats sont loin d’être clos : l’évolution du numerus clausus vers des dispositifs plus souples comme le numerus apertus marque une transition importante, mais il faudra plusieurs années pour en jauger pleinement les effets sur la démographie médicale et la qualité des soins rendus à la population.

Pour aller plus loin : DREES, Conseil National de l’Ordre des Médecins, Le Monde, Cour des comptes, IFOP/France Assos Santé.

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