L’accès aux études de médecine en France est connu pour être particulièrement sélectif, surtout à l’issue de la première année. Cette sélection découle d’un processus rigoureux établi depuis la réforme des études médicales de 2020, qui a remplacé la fameuse PACES par deux nouvelles voies : PASS et LAS. Les étudiants sont évalués par des examens écrits, parfois des oraux, avec des résultats qui déterminent leur accès en deuxième année, leur réorientation ou leur poursuite dans d’autres filières. Seuls environ 15 à 20 % des candidats accèdent directement en deuxième année de médecine. Cette sélection vise à assurer un niveau de formation homogène, mais son exigence soulève régulièrement des interrogations sur la pression et les réalités du parcours étudiant.

Introduction

La première année d’études de médecine, autrefois connue sous le nom de PACES, est une étape décisive pour des milliers d’étudiants en France. Depuis la réforme de 2020, deux parcours coexistent : le Parcours d’Accès Spécifique Santé (PASS) et la Licence avec option Accès Santé (LAS). La finalité demeure la même : sélectionner les étudiants pouvant poursuivre le cursus médical. Le taux de réussite restreint, les modalités d’évaluation et les critères de sélection sont des enjeux majeurs, à l’origine d’un profond investissement personnel et d’une compétition intense. Retour sur le fonctionnement précis de cette sélection qui conditionne l’entrée dans les études médicales, mais aussi sur ses principales implications.

PASS et LAS : deux voies pour accéder à la deuxième année de médecine

Depuis la rentrée 2020, la PACES (Première Année Commune aux Études de Santé) a été supprimée au profit d’un schéma dual :

  • Le PASS : Parcours d’Accès Spécifique Santé, comprenant une majeure santé et une mineure dans un autre domaine.
  • La LAS : Licence « classique » (sciences, droit, lettres…) avec option Accès Santé, accessible à tout niveau de la licence.

L’objectif commun à ces deux filières : fournir une alternative à la sélection brutale par concours tout en maintenant un niveau d’exigence élevé. Elles ouvrent toutes deux l’accès en deuxième année de médecine, de pharmacie, d’odontologie, de maïeutique et de kinésithérapie, à condition de réussir la sélection.

Comment s’organise la sélection ? Épreuves et notation

La sélection en fin de première année repose sur deux grands principes :

  • La prise en compte du contrôle continu et des partiels (examens terminaux), majoritairement écrits (QCM, questions rédactionnelles).
  • Dans certains cas, la réalisation d’épreuves orales complémentaires — souvent structurées en mini-entretiens multiples (MEM), ou oraux classiques. Ces épreuves permettent d’évaluer d’autres compétences, comme la communication, l’éthique ou la gestion du stress.

Les sujets portent principalement sur la biologie, la physiologie, la chimie, l’anatomie, les mathématiques, la physique, mais aussi sur des aspects liés à la société et à l’éthique médicale. En PASS, la mineure choisie intervient également dans la sélection, tandis qu’en LAS, la réussite dans la licence de référence et dans l’option Accès Santé sont toutes deux évaluées.

Le classement, clé de la sélection

Les étudiants sont classés en fonction de leurs résultats. Ce classement détermine :

  • Ceux qui accèdent directement en 2e année de médecine (ou assimilé).
  • Ceux qui peuvent retenter leur chance via une deuxième inscription en LAS ou dans une autre filière.
  • Ceux enfin qui sont réorientés vers une autre filière universitaire sans accès médical.

Le numerus apertus : combien de places et quelle concurrence ?

Depuis la réforme, le « numerus clausus », qui limitait le nombre d’admis, a laissé place au « numerus apertus ». Celui-ci consiste à fixer, chaque année, un nombre minimal et maximal de places ouvertes dans chaque université — ce chiffre est arrêté par les universités, en concertation avec les agences régionales de santé et les pouvoirs publics, pour répondre aux besoins de professionnels dans chaque territoire (source : Ministère de l’Enseignement supérieur).

Par exemple, pour l’année universitaire 2023-2024, on comptait environ 10 225 places sur l’ensemble du territoire en médecine, contre près de 55 000 candidats PASS et LAS réunis (source : Le Monde, Ministère de la Santé).

Le taux de sélection final pour l’accès à la deuxième année se situe généralement entre 15 % et 20 % tous parcours confondus, avec des variations selon les universités.

Dernières évolutions et réforme de la première année

La suppression de la PACES et l’introduction des voies PASS et LAS répondent à plusieurs objectifs :

  • Mieux préparer les futurs professionnels de santé aux différentes dimensions du métier.
  • Diminuer la part de concours purement éliminatoire.
  • Favoriser la réorientation et éviter le découragement massif en cas d’échec.
  • Permettre à davantage de profils d’accéder au cursus médical (notamment via les LAS).

Lors de l’année universitaire 2022-2023, près de 35 % des étudiants sont passés par la voie LAS (source : Ministère de l’Enseignement supérieur).

Focus sur les épreuves orales

L’ajout d’épreuves orales à la sélection (dans la majorité des universités) est l’un des changements les plus notables. Leur objectif : évaluer des compétences relationnelles et analytiques qui dépassent le cadre scientifique pur. Les modalités varient selon les sites universitaires, mais la tendance est à l’utilisation de scénarios, de mises en situation et d’entretiens individuels. Malgré tout, le poids des notes écrites reste globalement prépondérant.

Critères d’admission et conséquences sur le parcours étudiant

L’admission ne dépend pas uniquement du score absolu. Le classement est l’élément décisionnel central : même un étudiant avec la moyenne générale peut ne pas accéder à la deuxième année si la concurrence est trop forte.

  • Certains profils d’étudiants disposent de places réservées (ex : sportifs de haut niveau, personnes en situation de handicap), mais la majorité doit passer par la voie de la sélection classique.
  • Après un premier échec en PASS, il reste possible de candidater ultérieurement en LAS (en L2 puis éventuellement en L3), mais l’inverse n’est pas permis : on ne peut pas repasser par le PASS après un premier échec.

La LAS constitue donc une « seconde chance » structurée. Un étudiant en LAS doit valider sa licence en parallèle de l’option Santé ; la charge de travail est conséquente, ce qui engendre un taux de réussite souvent inférieur à celui des PASS.

Chiffres et réalités de la sélection : taux de réussite et réorientation

Les données publiques indiquent que, sur 100 étudiants inscrits en PASS ou LAS :

  • Environ 18 accèdent en deuxième année de médecine, odontologie, pharmacie ou maïeutique.
  • 15 à 25 poursuivent dans la filière santé via la réorientation (LAS, kinésithérapie, autres filières paramédicales).
  • Près de 60 changent de cursus, souvent dans des filières universitaires sans lien direct avec la santé (source : rapport Cour des Comptes, 2022).
Année Candidats PASS+LAS Admis en 2e année (tous cursus santé) Taux de sélection moyen
2021 54 550 9 839 18 %
2022 55 100 10 225 18,5 %
2023 55 300 10 245 18,5 %

Les chiffres restent ainsi stables, révélant la prégnance de la sélection dès la première année.

Conséquences psychosociales : pression, orientation et bien-être étudiant

Le stress associé à la sélection en médecine est régulièrement documenté (source : Inserm, Étude 2022). Les étudiants ressentent une pression importante : rythme soutenu, crainte de l’échec, isolement social... Le recours à des dispositifs de soutien psychologique et méthodologique, mis en place par de nombreuses universités, s’accroît chaque année.

À ce stress s’ajoute la nécessité de penser à une stratégie de réorientation, sachant que l’échec concerne encore 4 étudiants sur 5 lors de la première tentative. Le choix de la mineure en PASS ou de la licence en LAS doit donc permettre un rebond académique, une idée structurante du nouveau système.

Quels conseils pour franchir cette sélection ?

  • S’informer dès la terminale sur les spécificités de chaque université et sur le contenu des mineures ou des licences associées ;
  • Anticiper une éventuelle réorientation en choisissant des options compatibles avec d’autres débouchés ;
  • Travailler de manière régulière et s’entourer (groupes de pairs, tutorat, etc.) ;
  • Consulter les services de médecine préventive universitaires en cas de difficultés psychologiques.

Des réseaux de tutorat, d’associations étudiantes et d’entraide se sont renforcés ces dernières années pour accompagner davantage les étudiants confrontés à cette sélection exigeante.

Vers un accompagnement renforcé dans les années à venir ?

Le débat sur la sélection en médecine reste vif en France. Plusieurs pistes d’ajustement sont régulièrement évoquées : meilleure individualisation des parcours, renforcement de l’accompagnement, développement du tutorat, prise en compte accrue des compétences transversales ou encore allègement de la charge de travail en première année.

Pour le moment, la sélection en première année garde son niveau d’exigence élevé, assurant la solidité de la formation médicale française. La variété de profils issus du PASS et de la LAS illustre l’ouverture progressive de la filière, tandis que le maintien d’un niveau d’évaluation rigoureux perpétue la tradition d’excellence attendue du futur corps médical.

  • Sources principales : Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Ministère de la Santé, Le Monde, Cour des Comptes, Inserm

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